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mardi 26 mai 2015

D'après les photographies de Pascal Servera 


Sorti d’un espace-temps en suspension dans un précipité qu’on dirait argentique, pré- ou post-apocalyptique -flottant dans les limbes en tous cas- c’est un petit peuple de prolétaires victorieux réchappé des amputations, des vétérans qui pansent. Comme épargnés du bûcher, leurs moignons s’étirent en un réseau compliqué de bronches avides d’avoir raison de vivre. C’est un monde où le pousser et le fleurir se transitivent.
L’un se tord, charmé par l’aura d’un congénère lointain tandis qu’un autre se résigne à la posture toujours un peu grotesque de la survivance refermée sur elle-même. Dans une recherche sans doute un peu pragmatique de la dualité, entre eau et terre, l’hémiplégie semble toujours frapper le côté le plus éloigné de l’humus.
Ils offrent leur bouquet comme à la fête des mères ou à un rendez-vous juvénil, avec le sourire gêné de celui qui sait qu’il ne peut donner que ce qu’il a.
Certains sont certains de leur raison d’être, dans une grâce de discobole, tandis que d’autres ont choisi de se cacher d’eux-mêmes, existant avec prudence.
Cet estropié brandit la flamme ou l’oriflamme, applaudi par des herbes en rang d’oignon. Ce détenu de son corps s’est enveloppé de mille peaux.
Ce dernier enfin, esquisse une arche pour honorer la marche des bipèdes, ayant consenti à faire décor dans une générosité inhumaine.