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lundi 14 mai 2012

Le coup de la moule

C’est facile de manger des moules quand on n’a pas faim et qu’on n’a pas envie de montrer sa peine. On déloge la chair et on la noye dans le fond de la marmite pour qu’elle disparaisse dans la sauce au vin blanc, entre les carapaces de céleri. 
Puis suit ce geste qui atteste de l’absorption de la nourriture, le dépôt du coquillage prétendument mangé dans la poubelle de table. Maintenant est rendue visible ta pulsion de vie dans l’érection de cette petite montagne noire. 

 Une fois, j’ai joué le rôle de ce geste pour quelqu’un que je voulais aider. Elle ne voulait pas qu’on voye qu’elle allait dé-céder à ses énergies vitales, alors elle m’a demandé de finir son assiette en cachette. L’assiette inhospitalière et impersonnelle apportée par le personnel de l’hôpital. J’ai failli rendre tant je mangeais vite pour ne pas que nous soyons découvertes ; tant je voulais lui faire croire que je ne dé-cèderai pas de son décès.