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mardi 6 novembre 2012

Vêtements vides roulés en boule. Empty creased clothes


Il y a des silences intérieurs qui ne sont pas calmes. Ce sont des soupirs, des expirations butées qui entravent l’inspiration dans un étau. Un rot discontinu qui ne digèrent que du vide. Il n’y a rien à en dire, si ce n’est le frisson intermittent qui annonce autant qu’il étouffe le sanglot se refusant d’exister. Un désarroi sans surprise, un désœuvrement de l’esprit, une fatigue du corps entier qui traîne un regard désabusé sur les Merveilles. On ne sait comment porter sa vie, ni où elle s’est retirée. Quand enfin on met la main dessus, elle n’est plus qu’électricité agaçante et innervation. 
Et ça passe.

dimanche 4 novembre 2012

Le bois. Cat on creased blanket



Cet après midi, j'ai marché sur du sucre en poudre à gros grains. Il y avait des êtres élancés dont les bras innombrables lacéraient le ciel. De la lumière tachait le sol et il y avait des miroirs liquides sur lesquels glissaient des êtres -précédés de leur tête- qui travaillaient à former des rosaces dans leur sillage. Il y avait des cris qui parvenaient parfois à se frayer un chemin jusque mes oreilles : c'étaient des êtres appelant d'autres êtres, ou exprimant autre chose, à l'émotion indéterminée de moi parce qu'ils sont faits d'un autre bois. Il y avait des êtres jeunes qui faisaient du vent en me dépassant, des êtres vieux, et des êtres dont on ne sait pas l'âge parce qu'ils sont faits d'un autre bois.

vendredi 19 octobre 2012

La reproduction de l'espèce


Autour de l’âge de 10 ans, elle crut comprendre que le jeu amoureux n’avait d’autre fin que la 
« reproduction de l’espèce » et se le répétait fréquemment en secret. Elle avait bien sûr déjà été amoureuse avant cette révélation à elle-même et bien qu'elle ne fusse jamais très à l’aise avec ce sentiment, elle voyait subitement toutes les minauderies d’un autre oeil.  
Les bluettes les plus mièvres qu'elle pouvait observer prenaient un tour dramatique. Elle regardait les couples d’amoureux comme de malheureux pantins de la fatalité humaine, allant dans l’ignorance de son savoir tout neuf, et elle trainait depuis une sorte de gravité solitaire. 

lundi 13 août 2012

La chaise à soucis


C’est beau un homme qui est accoudé dans le contre jour, au pied d’une fenêtre fermée, dans une chambre fermée. Il se tient dans sa main, il pleure peut être mais rien n’est moins sûr car il ne tremble pas, son corps plein de saillance et couvert de peau. Il a l’attitude de l’humain qui pense à un autre humain, le comportement exact de l’animal pensif. Il a une bouche fermée et immobile, des yeux fixés sur une image mentale et un nez qui ne dit rien. Sans que rien ne l’annonçât, il saisit un petit bâton fin, car il était assis devant une tâble, et commence à former des boucles qui grattent une surface blanche. On pourrait voir, s’il faisait suffisamment froid, son souffle blanchi s’accélérer un tout petit peu. Mais il fait chaud et ses bras, ses beaux bras ombragés par endroits, sont nus jusqu’à l’épaule. C’est drôle qu’il ne se rende pas compte qu’on le regarde en ce moment, car on a vraiment pris le temps de le détailler.

lundi 14 mai 2012

Le coup de la moule

C’est facile de manger des moules quand on n’a pas faim et qu’on n’a pas envie de montrer sa peine. On déloge la chair et on la noye dans le fond de la marmite pour qu’elle disparaisse dans la sauce au vin blanc, entre les carapaces de céleri. 
Puis suit ce geste qui atteste de l’absorption de la nourriture, le dépôt du coquillage prétendument mangé dans la poubelle de table. Maintenant est rendue visible ta pulsion de vie dans l’érection de cette petite montagne noire. 

 Une fois, j’ai joué le rôle de ce geste pour quelqu’un que je voulais aider. Elle ne voulait pas qu’on voye qu’elle allait dé-céder à ses énergies vitales, alors elle m’a demandé de finir son assiette en cachette. L’assiette inhospitalière et impersonnelle apportée par le personnel de l’hôpital. J’ai failli rendre tant je mangeais vite pour ne pas que nous soyons découvertes ; tant je voulais lui faire croire que je ne dé-cèderai pas de son décès.

mercredi 15 février 2012

Ressentis et laboratoires.

Si un digne chercheur est celui qui sait sortir du cadre systématique de sa discipline pour mener à de grandes découvertes, voire des révolutions scientifiques, alors il est un artiste et l’artiste est un scientifique. Le scientifique créateur et l’artiste en recherche de vérités (vérités de la sensation, vérités esthétiques) ont beaucoup en commun. Tous deux cherchent à mettre en évidence la porosité de sphères, artificiellement isolées les unes des autres par des protocoles clivants qui s’appuient sur l’expertise et la spécialité. Ils remettent en question l’imperméabilité de l’art à la vie, de la science à la philosophie, de la science à l’art, etc.
Si le scientifique observe la nature pour espérer en tirer des invariants et des règles générales, l’artiste observe et pousse à observer la nature humaine de l’intérieur, dans un mouvement réflexif, pour espérer en tirer des lois universelles. 

Il pressent qu’il y a une identité de structure entre les circonvolutions de ses émotions et celles des galaxies, entre ses affects et les lois universelles, parce que le bon sens lui souffle que tout être est soumis à ces dernières. Pour les approcher, nul besoin de technologies de pointe ni de télescope, il suffit d’observer ces forces à l’œuvre en soi et d’en rendre compte du mieux possible, au plus près de la sensation, par tous les moyens à disposition. Parfois ce sera par la médiation du dessin, parfois par celle du mot, encore d’autres fois par le biais du dialogue silencieux qui s’installe entre des personnes immergées dans une expérience commune.
Le digne artiste est un scientifique à la méthode intuitive et personnelle. Il cherche seul, cherche son propre procédé et s’y tient, ou l’abandonne pour un autre lorsque celui-là a montré ses limites. L’artiste et le scientifique savent que la beauté d’une formule ou d’une modélisation possède l'étrangeté de garantir son opérationnalité. Tous deux savent aussi qu'en vertu du principe d'Heisenberg, l'observation altère la réalité et qu’il se produit des choses dans le secret du monde qui échappe aux regards. 

dimanche 1 janvier 2012

A vos souhaits.

Il s'agit d'une sorte de formule incantatoire, proférée aux moments des festivités qui marquent l'espace-temps entre deux révolutions complètes de la Terre autour du soleil. La célébration du cycle astral est ainsi marquée par ce genre de communication formalisée entre individus d'une même communauté : Chacun figure à l'autre son désir de le voir jouir de sentiments particulièrement agréables (qui participent des aspirations morales, culturelles et spirituelles du groupe) au cours du cycle attendu, notamment par invocations de l'avènement d'événements, considérés traditionnellement comme heureux. 

Comme à chaque fois qu'une coutume se manifeste par quelque fait de langage, quelque formule revêtant dans le fond un aspect magique, il devient difficile pour l'individu d'inventer des procédés verbaux qui -par le détour d'une distanciation avec le rituel- permettent une expression propre des souhaits, de les "corporéiser" véritablement. 

Néanmoins, l'utilisation de subterfuges oratoires -comme l'invention de formules inédites ou la simulation, par exemple, d'un exposé à caractère sociologique- peut avec un certain profit mettre en exergue ce type d'écart vécu entre système folklorique et authenticité du voeu, afin de redonner à l'événement expressif tout le caractère lyrique et sentimental désiré.