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dimanche 11 septembre 2011

Le sens contraire

On a un élastique dans le dos qui nous tire vers l’arrière. C’est à reculons qu’on arrivera au bout, et à mesure que notre panorama s’élargit, il y a des êtres qui tombent dans note sillage. On se trompe quand on dit que l’avenir est devant. Il est face à notre dos, notre angle de vue ne l’embrasse pas. Ce qu’on peut voir, ce sont des points qui rapetissent, mais le paysage est changé. Quelquefois, il y a des persistances de gros objets opaques devant les yeux, il y a aussi des clignotements d’objets de toutes tailles.
Un élastique dans le dos ou alors une charrette. On serait assis à l’arrière, les jambes pendantes, à l’opposé du sens de la marche. Je ne sais pas s’il a d’autres charrettes, si on peut se dire qu’elles cheminent en parallèle ou qu’elles croisent notre sillon. Je crois que non. Il y a plutôt des gens à bord de ma charrette, des gens qui clignotent. Leur corps est quelquefois très persistant, translucide à d’autres moments. Parfois, ils tombent sur la route dans un bruit assourdissant puis je vois leur corps pétrifié par terre qui s’éloigne. Je crois qu’ils ont le visage tourné vers la terre.
Quelquefois, il arrive qu’on les retrouve plus tard, re-clignotant sur la charrette ou se sur-impressionnant au paysage. Mais plus jamais opaques.
On roule souvent sur des pierres, quelquefois ce sont des corps qu’on n’avait pas vu tomber avant qu’on ne leur roule dessus et qu’ils nous fassent alors nous taper le cul sur notre siège. Alors le paysage devient flou. Un instant il tremble, on ne distingue plus les contours de rien. Après un temps, les différents contours qui s’étaient éclatés en auréole, tendent à se superposer et ça roule mieux.
Je ne sais pas si quelqu’un conduit la charrette, ça m’étonnerait en fait parce qu’elle a l’air comme sur des rails. Le conducteur, il ne servirait à rien. Il suffit d’un moteur ou de n’importe quel autre moyen de propulsion. Et encore, si c’est en pente, ce ne serait pas la peine.
Ce qui est drôle, c’est qu’au début, quand ça commence, c’est extrêmement lent. Au début du film, on ne bouge qu’imperceptiblement comme dans les vidéos de Bill Viola. Le paysage est comme trempé dans une seule couleur. C’est au ralenti. Mais à mesure qu’on avance par derrière, on dirait que l’élastique est de plus en plus tendu, ou alors que la charrette accélère, tandis que les objets s’amoncellent devant les yeux. Au bout d’un moment, si suffisamment d’objets n’ont pas disparu, on ne distingue plus rien. Je dis « objets » parce que je dis que c’est un film, mais je pourrais dire la même chose en disant que des bruits surgissent et s’éteignent, que des acouphènes empêchent par intermittence d’entendre l’agencement des sons et ce qu’ils veulent dire, en fait. Ce qui est sûr, c’est que le rythme irait crescendo, et que la tension ne cesserait de monter. C'est-à-dire que la pente serait ascendante, ce qui expliquerait peut être -et paradoxalement, dans l’état de nos connaissances- la propulsion spontanée.   

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