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vendredi 23 septembre 2011

Les galeries parisiennes

Moi, en haut de la rue, avec un carton à dessin qui fait un peu professionnel. Des portes vitrées de galeries, y’en a tout du long. Je rentre dans une, dans le blanc, on me regarde, je regarde les objets, je parle à celui qui me regarde par en-dessous. Je dis un truc qui explique que je suis stupide. Je ne sais pas expliquer, je ne sais plus rien de l’univers. La réponse : c’est sourire gêné, le vingtième de la journée, politesse expéditive. 
Je rentre dans autre. Re-en-dessous. Je me sauve, je commence à transpirer, à m’appuyer un instant contre quelque chose de stable. Allez ! Je rentre dans encore autre : « Ah oui ! Accueil affable. »
On commence à discuter. Vite, vite, il m’en fout plein la vue de ce qu’il connaît : des Noms, des Noms, des Prénoms, des Concepts, des Adverbes, des Dates, des dates d'Avant et des dates d'Après : il rigole que je ne sais pas. Il parait que ça l’indigne, que je ne sache pas, mais pourtant il a une figure comme si ça que ça lui faisait plaisir. Il dit qu’il n’est pas comme les Autres. Il sent bien que je suis comme les Autres, que je n’ai rien à dire, il le sent bien. Alors, y me laisse pas finir mes phrases, développe son langage, déjà dit avant par lui (vingt fois) à d’autres. Trucs qui deviennent faciles à dire, à force, même si les mots sont compliqués. Moi, j’opine. Je fais la face qu’il veut que je fasse. Exactement. Je vais au devant de ses désirs.
Il dit que je ne sais rien, mais quand même il veut voir dedans le carton. Alors il regarde. « Mignon », il dit. Moi je dis « Non, quand même ! » puis je dis  « Hahahahaha ! ». Mais lui « si, quand même ». L’Art ce n’est pas ça, c’est ça. « Ce qui est au mur », je me dis à l’intérieur, parce que je ne dis plus rien. J’ai compris : tout ce que je connais et qu’il ne connaît pas -qui accélère circulation du sang de mon corps- : il ne saura pas aujourd’hui que cela se puisse d’exister… Et je repars, encore plus semblable aux autres qu’au moment où je suis entrée. Moi, dans une identité parfaite avec les autres qui entrent et sortent avec des cartons. Avant que je n’oublie cet avatar de l’altérité hostile ayant provisoirement cessé d’être abstraite, dans ma nécessité d’être.

lundi 19 septembre 2011

Prise de risque

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dimanche 11 septembre 2011

Le sens contraire

On a un élastique dans le dos qui nous tire vers l’arrière. C’est à reculons qu’on arrivera au bout, et à mesure que notre panorama s’élargit, il y a des êtres qui tombent dans note sillage. On se trompe quand on dit que l’avenir est devant. Il est face à notre dos, notre angle de vue ne l’embrasse pas. Ce qu’on peut voir, ce sont des points qui rapetissent, mais le paysage est changé. Quelquefois, il y a des persistances de gros objets opaques devant les yeux, il y a aussi des clignotements d’objets de toutes tailles.
Un élastique dans le dos ou alors une charrette. On serait assis à l’arrière, les jambes pendantes, à l’opposé du sens de la marche. Je ne sais pas s’il a d’autres charrettes, si on peut se dire qu’elles cheminent en parallèle ou qu’elles croisent notre sillon. Je crois que non. Il y a plutôt des gens à bord de ma charrette, des gens qui clignotent. Leur corps est quelquefois très persistant, translucide à d’autres moments. Parfois, ils tombent sur la route dans un bruit assourdissant puis je vois leur corps pétrifié par terre qui s’éloigne. Je crois qu’ils ont le visage tourné vers la terre.
Quelquefois, il arrive qu’on les retrouve plus tard, re-clignotant sur la charrette ou se sur-impressionnant au paysage. Mais plus jamais opaques.
On roule souvent sur des pierres, quelquefois ce sont des corps qu’on n’avait pas vu tomber avant qu’on ne leur roule dessus et qu’ils nous fassent alors nous taper le cul sur notre siège. Alors le paysage devient flou. Un instant il tremble, on ne distingue plus les contours de rien. Après un temps, les différents contours qui s’étaient éclatés en auréole, tendent à se superposer et ça roule mieux.
Je ne sais pas si quelqu’un conduit la charrette, ça m’étonnerait en fait parce qu’elle a l’air comme sur des rails. Le conducteur, il ne servirait à rien. Il suffit d’un moteur ou de n’importe quel autre moyen de propulsion. Et encore, si c’est en pente, ce ne serait pas la peine.
Ce qui est drôle, c’est qu’au début, quand ça commence, c’est extrêmement lent. Au début du film, on ne bouge qu’imperceptiblement comme dans les vidéos de Bill Viola. Le paysage est comme trempé dans une seule couleur. C’est au ralenti. Mais à mesure qu’on avance par derrière, on dirait que l’élastique est de plus en plus tendu, ou alors que la charrette accélère, tandis que les objets s’amoncellent devant les yeux. Au bout d’un moment, si suffisamment d’objets n’ont pas disparu, on ne distingue plus rien. Je dis « objets » parce que je dis que c’est un film, mais je pourrais dire la même chose en disant que des bruits surgissent et s’éteignent, que des acouphènes empêchent par intermittence d’entendre l’agencement des sons et ce qu’ils veulent dire, en fait. Ce qui est sûr, c’est que le rythme irait crescendo, et que la tension ne cesserait de monter. C'est-à-dire que la pente serait ascendante, ce qui expliquerait peut être -et paradoxalement, dans l’état de nos connaissances- la propulsion spontanée.