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lundi 11 avril 2011

Progrès muet.

Il suffit de s’étonner devant la célérité avec laquelle les personnages figurant dans les petits reportages muets du début du XXème siècle évoluent dans l’espace, sur une musique empruntée à l’orchestre d’un cirque, pour se former de leur époque une idée rigolarde, leur prêter une naïveté touchante. Ces images accélérées, causées par le passage d’une pellicule vieille dans un projecteur anidoine habitent notre inconscient, si je puis dire, et nourrissent une vision candidement étriquée de l’époque prétendument pressée de nos ascendants. Dans leur élan, ils semblent se précipiter avec ferveur vers une modernité à portée de pas.
 Visionner un de ces films en noir et blanc dans des conditions favorables où la vitesse d’exécution des mouvements nous semble enfin naturelle, fait naître au contraire de troubles sentiments. Contempler les nuances de blanc du grain de la peau au soleil, voir dans l’œil un destin encore vierge et dans les manières nulle étrangeté obsolète, ouvre un abîme réflexif tout singulier. Tous ces chevaux morts et ces chiens morts qu’on a rendu pierre plusieurs fois  par seconde chient de manière insensée sur le trottoir pavé et jappent aveuglément après les passants. Tous ces êtres qui apparaissent dans leur pleine réalisation, n’étant eux-mêmes qu’une variation de quadrupèdes, j’engage avec eux un dialogue amputé. Une conversation unilatérale, où j’écoute et je parle. Pourtant ils sont là, sous mes yeux et regardant quelque chose, quelque élément de leur décor fragile qui n’existe plus que pour eux, anéanti par mes représentations funestes.
 Changer la vitesse de défilement, c’est changer la science. Lorsque ces corps trépidants perdent enfin leur démarche gauche de nains pressés ou leur expression de pantomime à bluettes, plus rien ne nous permet de croire que notre époque en sait davantage de l’humain et de l’univers.
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Y sont trop marrants, ces gens dans les films où k’y’avait pas la couleur, à la télé. Y sont là, hop-hop-hop, y se dépêchent, y zont l’air de petites marionnettes qui sont toutes prêtes de se casser la gueule par terre au premier coup de vent.

Desfois y’a des mots qui sont écrits entre deux, pour expliquer c’qui s’passe, parce qu’y a pas de bruitage: alors on entend rien. Y faut se dépecher de les lire avant que ça passe, passke ça reste pas longtemps pour pas qu’on s’ennuie.
Mais on comprendrait rien sinon, si y’avait pas des trucs écrits. Déjà on comprend rien ! On peut pas tout deviner de son pouce, quoi !

Mais morte de rire : On dirait qu’y avait toujours de la musique de majorette dans ces temps anciens. Ou de la musique… genre, heu, celle qui passe quand la mariée elle rentre, tu vois.

Une fois, j’en ai vu un où que la vitesse elle était normale. Comme au jour d’aujourd’hui, je veux dire. Ch’sais pas s’ils zavait ralenti le bazar ou quoi, mais ça faisait vrai. A part la couleur. Pour une fois, y zavait pas mis de musique trop débile… Bon, c’était toujours un truc genre Mozart, mais …pas tout gai, tu vois !
Pour une fois ça avait pas l’air de se foutre de leur tête, quoi. Ça m’a fait drôle un peu parce que je me suis dit qu’y zétaient tous dead. Et y’a longtemps en plus. Pourtant chui plus vieille que les gosses qui jouent dans le film, mais y sont quand même morts. Eux y s’en foutent, y savent même pas que j’existe. Mais moi, ça m’a fait un truc tout chelou quand même. Chai pas, comme si que je les voyais et pas eux. Alors que tu me diras, si y sont morts, ce serait  plutôt eux qui m’voient d’en haut, tiens, nan ?
Mais j’t’e jure, Y zont pas l’air si cons quand y marchent pas comme si qui se seraient trouvé avec des lézards dans leur froc…

2 commentaires:

gummmo a dit…

j'aimerais bien le voir ce film

Alice Popieul a dit…

En voilà un pour toi ! :)
http://www.youtube.com/watch?v=3svvCj4yhYc

et un autre :
http://www.youtube.com/watch?v=af0rcIJTWow