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samedi 16 avril 2011

Chez moi


Il  accroche des modèles de coupes masculine des années septante dans sa devanture et il place derrière la grande vitre des personnages playmobil et des instruments miniatures, un petit village brut qui change en fonction des saisons. Tous les jouets cassés qui attendent de retourner dans l’aquarium à la faveur du carnaval de Dunkerque ou de la rentrée des classes sont dans des cartons quelque part dans la maison du coiffeur en blues blanche. Selon un cycle calendaire inaltérable, les scènes lilliputiennes arrêtent les enfants qui traînent leur peine à roulette devant la vitrine de l’artisan tout seul. Il a écrit « à vendre » sur une affichette. Tout le monde sait pourtant que tout cela ne peut ni se vendre, ni s’acheter.

Les gens, partis depuis longtemps. Il ne reste plus que la façade de l’immeuble. Dans un brouillard de poussière, tout l’intérieur il s’est envolé vers le bas. Les gravas presque tous enlevés. Des lambeaux de papier peint et des restes de cuvettes de chiottes pendent du troisième étage. Les petits cubes qui ont logé, les pièces délimitées encore, décorées avec un soin trop méticuleux pour le résultat, sont retournées comme des gants de travail qui auraient macéré dans une cave ou dans une remise ouverte aux quatre vents. Des carrés de couleurs pas tendance du tout avec la trace de cadres sur les murs, sans doute, si on regardait bien. Peut être quelques restants du repas ont investi les sols sédimentaires, si on cherchait bien.

La dame, elle a le maquillage qui coule. Elle a été là tout le temps dans sa boutique de fortune pour les pauvres. Quand je ne suis pas là, elle parle de moi et de mes si nombreux amants à ses clients qui s’en foutent et qui font la queue pour payer leurs nippes poussiéreuses. Elle est malade, elle ne va bientôt plus venir.

Vite, il faut se dépêcher pour voir encore ces belles choses.

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