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jeudi 28 avril 2011

Preuve d'amour



Comme il a été aimé, ce corps pourrissant dans un fossé
Qu'un discret grain de beauté a permis d'identifier





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samedi 23 avril 2011

samedi 16 avril 2011

Chez moi


Il  accroche des modèles de coupes masculine des années septante dans sa devanture et il place derrière la grande vitre des personnages playmobil et des instruments miniatures, un petit village brut qui change en fonction des saisons. Tous les jouets cassés qui attendent de retourner dans l’aquarium à la faveur du carnaval de Dunkerque ou de la rentrée des classes sont dans des cartons quelque part dans la maison du coiffeur en blues blanche. Selon un cycle calendaire inaltérable, les scènes lilliputiennes arrêtent les enfants qui traînent leur peine à roulette devant la vitrine de l’artisan tout seul. Il a écrit « à vendre » sur une affichette. Tout le monde sait pourtant que tout cela ne peut ni se vendre, ni s’acheter.

Les gens, partis depuis longtemps. Il ne reste plus que la façade de l’immeuble. Dans un brouillard de poussière, tout l’intérieur il s’est envolé vers le bas. Les gravas presque tous enlevés. Des lambeaux de papier peint et des restes de cuvettes de chiottes pendent du troisième étage. Les petits cubes qui ont logé, les pièces délimitées encore, décorées avec un soin trop méticuleux pour le résultat, sont retournées comme des gants de travail qui auraient macéré dans une cave ou dans une remise ouverte aux quatre vents. Des carrés de couleurs pas tendance du tout avec la trace de cadres sur les murs, sans doute, si on regardait bien. Peut être quelques restants du repas ont investi les sols sédimentaires, si on cherchait bien.

La dame, elle a le maquillage qui coule. Elle a été là tout le temps dans sa boutique de fortune pour les pauvres. Quand je ne suis pas là, elle parle de moi et de mes si nombreux amants à ses clients qui s’en foutent et qui font la queue pour payer leurs nippes poussiéreuses. Elle est malade, elle ne va bientôt plus venir.

Vite, il faut se dépêcher pour voir encore ces belles choses.

mardi 12 avril 2011

La pfau dfs vifux



Nff fpaissf ft adhfrfntf, la pfau n’fst alors plus qu’un fin drap posf sur lfs .hairs, à for.f d’amin.issfmfnt. Df plus fn plus près df s’fnvolfr au prfmifr .oup df vfnt, fllf sf ramassf pourtant du .ôtf où l’on sf pfn.hf, attirff par la tfrrf. Lfur .orps, on dirait unf poirf f.or.hff sur laqufllf on .oulf du .ho.olat : ça fait dfs plis ft ça tombf.

Quand on remplace le E par le F et qu’on enlève le C, l'Ecriture, ça fait de la Friture.

lundi 11 avril 2011

Un peu de lucidité !

Soyons honnête, c’est une protubérance plus qu’un organe. Un bouton  qui fleurit, un pustule amélioré, tout au plus. Courte et unique,  ramassée, en comparaison de la gracilité des autres membres, plus ridée,  plus poilue, plus exhibée.

Sur une silhouette d’enfant,  elle a le bon goût d’être imposante, de montrer une certaine autorité,  alors que l’adulte la promène comme un moignon burlesque, trônant  stupidement au sommet du corps, reliée au reste par une sorte de pied,  qui –entre parenthèses- est trop court pour être sensé et trop long  pour être ignoré.

Ses amplitudes sont minuscules : sa  rotule s’interdit en début de course, et mis à part les Indiens et les  starlettes R&B d’Amérique, peu de gens connaissent la possibilité de  lui faire suivre des mouvements latéraux. 


Dommage, car  des habilités, elle en avait déjà peu.


Ses capacités de préhension se  limitent strictement aux compétences de son appareil manducateur.  Difficile d’opérer une traction digne de ce nom dans ces conditions, ou même de démêler des nœuds au moyen de ce gros doigt esseulé.


Enfin,  je dois m'atteler à la pénible besogne d’insister sur sa fragilité. Une débilité telle, il faut le dire, qu’elle ne souffre pratiquement aucun  choc qu’un autre membre supérieur -ou inférieur- accepte avec  résignation et
humilité. La tête, elle, prend les autres organes-usagers  en otages, les menaçant de les emporter dans sa chute au moindre  transpercement ou contondement dont elle fait l'objet.

Progrès muet.

Il suffit de s’étonner devant la célérité avec laquelle les personnages figurant dans les petits reportages muets du début du XXème siècle évoluent dans l’espace, sur une musique empruntée à l’orchestre d’un cirque, pour se former de leur époque une idée rigolarde, leur prêter une naïveté touchante. Ces images accélérées, causées par le passage d’une pellicule vieille dans un projecteur anidoine habitent notre inconscient, si je puis dire, et nourrissent une vision candidement étriquée de l’époque prétendument pressée de nos ascendants. Dans leur élan, ils semblent se précipiter avec ferveur vers une modernité à portée de pas.
 Visionner un de ces films en noir et blanc dans des conditions favorables où la vitesse d’exécution des mouvements nous semble enfin naturelle, fait naître au contraire de troubles sentiments. Contempler les nuances de blanc du grain de la peau au soleil, voir dans l’œil un destin encore vierge et dans les manières nulle étrangeté obsolète, ouvre un abîme réflexif tout singulier. Tous ces chevaux morts et ces chiens morts qu’on a rendu pierre plusieurs fois  par seconde chient de manière insensée sur le trottoir pavé et jappent aveuglément après les passants. Tous ces êtres qui apparaissent dans leur pleine réalisation, n’étant eux-mêmes qu’une variation de quadrupèdes, j’engage avec eux un dialogue amputé. Une conversation unilatérale, où j’écoute et je parle. Pourtant ils sont là, sous mes yeux et regardant quelque chose, quelque élément de leur décor fragile qui n’existe plus que pour eux, anéanti par mes représentations funestes.
 Changer la vitesse de défilement, c’est changer la science. Lorsque ces corps trépidants perdent enfin leur démarche gauche de nains pressés ou leur expression de pantomime à bluettes, plus rien ne nous permet de croire que notre époque en sait davantage de l’humain et de l’univers.
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Y sont trop marrants, ces gens dans les films où k’y’avait pas la couleur, à la télé. Y sont là, hop-hop-hop, y se dépêchent, y zont l’air de petites marionnettes qui sont toutes prêtes de se casser la gueule par terre au premier coup de vent.

Desfois y’a des mots qui sont écrits entre deux, pour expliquer c’qui s’passe, parce qu’y a pas de bruitage: alors on entend rien. Y faut se dépecher de les lire avant que ça passe, passke ça reste pas longtemps pour pas qu’on s’ennuie.
Mais on comprendrait rien sinon, si y’avait pas des trucs écrits. Déjà on comprend rien ! On peut pas tout deviner de son pouce, quoi !

Mais morte de rire : On dirait qu’y avait toujours de la musique de majorette dans ces temps anciens. Ou de la musique… genre, heu, celle qui passe quand la mariée elle rentre, tu vois.

Une fois, j’en ai vu un où que la vitesse elle était normale. Comme au jour d’aujourd’hui, je veux dire. Ch’sais pas s’ils zavait ralenti le bazar ou quoi, mais ça faisait vrai. A part la couleur. Pour une fois, y zavait pas mis de musique trop débile… Bon, c’était toujours un truc genre Mozart, mais …pas tout gai, tu vois !
Pour une fois ça avait pas l’air de se foutre de leur tête, quoi. Ça m’a fait drôle un peu parce que je me suis dit qu’y zétaient tous dead. Et y’a longtemps en plus. Pourtant chui plus vieille que les gosses qui jouent dans le film, mais y sont quand même morts. Eux y s’en foutent, y savent même pas que j’existe. Mais moi, ça m’a fait un truc tout chelou quand même. Chai pas, comme si que je les voyais et pas eux. Alors que tu me diras, si y sont morts, ce serait  plutôt eux qui m’voient d’en haut, tiens, nan ?
Mais j’t’e jure, Y zont pas l’air si cons quand y marchent pas comme si qui se seraient trouvé avec des lézards dans leur froc…