Soyez flexible du flux. Recevez une alerte mail à chaque nouvelle parution.

mercredi 21 décembre 2011

En vente.

Je participe à l'exposition collective Au Pluriel de la Galerie Paradis à Marseille, jusqu'au 12 Mars 2012. Amis du Sud et du Nord, serrons nous fraternellement dans les bras.





mercredi 26 octobre 2011

La Toussaint

Les lourdes portes de bois peint qui frottent le métal à chaque poussée de fièvre fervente lâchent encore une fois un râle aigu. Des capiteuseries d’encens, des odeurs de pisse absente et de bougies d’anniversaire  croupissent dans le bénitier. Les derniers pleurs de bébés mouillés à la tête cognent encore faiblement dans les interstices des stucs, mais ses pas couvrent définitivement toute velléité de persistance sonore. Dans son habit inutile, elle s’avance jusqu’au corps suspendu à la peau de marbre. Elle se retrousse et se dégante, tel qu’on lui apprît, pour manifester une docilité fébrile devant le Maître. Sa main touchant sa main, puis l’enlaçant, elle se sent alors suffisamment autorisée à l’épanchement. Pour bien faire, il faut baisser les yeux.

« L’odeur est-elle l’apanage des animaux suants ou toi aussi tu sens le délicieux foutre des pores ? C’est pas l’exhalaison du jardin des pierres et des mots en « euil «, ça ! Le desséché et le pâli, les globes en verre poli qui couvrent des papiers photosensibles, les fausses végétations et le gravier entre les allées, je les ai souvent vus de loin avant d’y laisser un bout de ma peau. Un bout de ma peau qu’était plus vieille que les autres, mais que ça voulait pas dire qu’elle devait crever. Enhumussée... et encore, ce serait bien si c’était le cas. Mais non, ce sont des murs qu’on a mis autour pour que ça fasse plus d’hygiène.

J’ai estimé que le temps du recueil était révolu ; qu’on-ne-sait-quoi avait submergé ce temps. Il faut croire que j’ai mesestimé, je m’en plains bien ! Maintenant que preuve est faite de ma créance erronée, je projette de ne plus m’accorder réputation. Il va bien falloir que dans le froid, j’abandonne mes oripeaux en attendant couvrure alterne. C’est ainsi : et en tant que tel, il faut l'agréer.
Puisque de moi-même je ne suis plus maîtresse, je conséquemment suppute qu’un autre doive se charger de cette direction. De là, m’agenouille-je. Fallût-il que j’y croive un peu pour me risquer en des parages si mal fréquentés ! Pleins de sous-fifres et d’auto-tyrans, de bas-chefs et de couteaux tirés. D’épouvantails et d’épousailles… de poutres, de pailles, et de funérailles ! »

vendredi 21 octobre 2011

Dernières nouvelles

Mon texte Progrès Muet apparait en français et en anglais dans la revue d'art contemporain  50° Nord #2, accompagné d'un travail visuel de ma composition. 


Le reste du sommaire (qui a aussi son importance) et les indications pour se procurer la revue se trouvent ici.

vendredi 23 septembre 2011

Les galeries parisiennes

Moi, en haut de la rue, avec un carton à dessin qui fait un peu professionnel. Des portes vitrées de galeries, y’en a tout du long. Je rentre dans une, dans le blanc, on me regarde, je regarde les objets, je parle à celui qui me regarde par en-dessous. Je dis un truc qui explique que je suis stupide. Je ne sais pas expliquer, je ne sais plus rien de l’univers. La réponse : c’est sourire gêné, le vingtième de la journée, politesse expéditive. 
Je rentre dans autre. Re-en-dessous. Je me sauve, je commence à transpirer, à m’appuyer un instant contre quelque chose de stable. Allez ! Je rentre dans encore autre : « Ah oui ! Accueil affable. »
On commence à discuter. Vite, vite, il m’en fout plein la vue de ce qu’il connaît : des Noms, des Noms, des Prénoms, des Concepts, des Adverbes, des Dates, des dates d'Avant et des dates d'Après : il rigole que je ne sais pas. Il parait que ça l’indigne, que je ne sache pas, mais pourtant il a une figure comme si ça que ça lui faisait plaisir. Il dit qu’il n’est pas comme les Autres. Il sent bien que je suis comme les Autres, que je n’ai rien à dire, il le sent bien. Alors, y me laisse pas finir mes phrases, développe son langage, déjà dit avant par lui (vingt fois) à d’autres. Trucs qui deviennent faciles à dire, à force, même si les mots sont compliqués. Moi, j’opine. Je fais la face qu’il veut que je fasse. Exactement. Je vais au devant de ses désirs.
Il dit que je ne sais rien, mais quand même il veut voir dedans le carton. Alors il regarde. « Mignon », il dit. Moi je dis « Non, quand même ! » puis je dis  « Hahahahaha ! ». Mais lui « si, quand même ». L’Art ce n’est pas ça, c’est ça. « Ce qui est au mur », je me dis à l’intérieur, parce que je ne dis plus rien. J’ai compris : tout ce que je connais et qu’il ne connaît pas -qui accélère circulation du sang de mon corps- : il ne saura pas aujourd’hui que cela se puisse d’exister… Et je repars, encore plus semblable aux autres qu’au moment où je suis entrée. Moi, dans une identité parfaite avec les autres qui entrent et sortent avec des cartons. Avant que je n’oublie cet avatar de l’altérité hostile ayant provisoirement cessé d’être abstraite, dans ma nécessité d’être.

lundi 19 septembre 2011

Prise de risque

Ce message appartient à la Ville de Dunkerque et contient des informations qui peuvent avoir un caractère confidentiel. Il est établi à l'attention exclusive de ses destinataires. Toute divulgation, utilisation, diffusion ou reproduction totale ou partielle de ce message ou des informations qu'il contient, sans autorisation préalable de son expéditeur, pourra faire l'objet de poursuites pénales. Son contenu électronique est susceptible d'altération et son intégrité ne peut être certifiée. La Ville de Dunkerque décline toute responsabilité au titre de ce message s'il a été modifié ou falsifié. Si vous n'êtes pas destinataire de ce message, merci de le détruire immédiatement et d'en avertir l'expéditeur.

dimanche 11 septembre 2011

Le sens contraire

On a un élastique dans le dos qui nous tire vers l’arrière. C’est à reculons qu’on arrivera au bout, et à mesure que notre panorama s’élargit, il y a des êtres qui tombent dans note sillage. On se trompe quand on dit que l’avenir est devant. Il est face à notre dos, notre angle de vue ne l’embrasse pas. Ce qu’on peut voir, ce sont des points qui rapetissent, mais le paysage est changé. Quelquefois, il y a des persistances de gros objets opaques devant les yeux, il y a aussi des clignotements d’objets de toutes tailles.
Un élastique dans le dos ou alors une charrette. On serait assis à l’arrière, les jambes pendantes, à l’opposé du sens de la marche. Je ne sais pas s’il a d’autres charrettes, si on peut se dire qu’elles cheminent en parallèle ou qu’elles croisent notre sillon. Je crois que non. Il y a plutôt des gens à bord de ma charrette, des gens qui clignotent. Leur corps est quelquefois très persistant, translucide à d’autres moments. Parfois, ils tombent sur la route dans un bruit assourdissant puis je vois leur corps pétrifié par terre qui s’éloigne. Je crois qu’ils ont le visage tourné vers la terre.
Quelquefois, il arrive qu’on les retrouve plus tard, re-clignotant sur la charrette ou se sur-impressionnant au paysage. Mais plus jamais opaques.
On roule souvent sur des pierres, quelquefois ce sont des corps qu’on n’avait pas vu tomber avant qu’on ne leur roule dessus et qu’ils nous fassent alors nous taper le cul sur notre siège. Alors le paysage devient flou. Un instant il tremble, on ne distingue plus les contours de rien. Après un temps, les différents contours qui s’étaient éclatés en auréole, tendent à se superposer et ça roule mieux.
Je ne sais pas si quelqu’un conduit la charrette, ça m’étonnerait en fait parce qu’elle a l’air comme sur des rails. Le conducteur, il ne servirait à rien. Il suffit d’un moteur ou de n’importe quel autre moyen de propulsion. Et encore, si c’est en pente, ce ne serait pas la peine.
Ce qui est drôle, c’est qu’au début, quand ça commence, c’est extrêmement lent. Au début du film, on ne bouge qu’imperceptiblement comme dans les vidéos de Bill Viola. Le paysage est comme trempé dans une seule couleur. C’est au ralenti. Mais à mesure qu’on avance par derrière, on dirait que l’élastique est de plus en plus tendu, ou alors que la charrette accélère, tandis que les objets s’amoncellent devant les yeux. Au bout d’un moment, si suffisamment d’objets n’ont pas disparu, on ne distingue plus rien. Je dis « objets » parce que je dis que c’est un film, mais je pourrais dire la même chose en disant que des bruits surgissent et s’éteignent, que des acouphènes empêchent par intermittence d’entendre l’agencement des sons et ce qu’ils veulent dire, en fait. Ce qui est sûr, c’est que le rythme irait crescendo, et que la tension ne cesserait de monter. C'est-à-dire que la pente serait ascendante, ce qui expliquerait peut être -et paradoxalement, dans l’état de nos connaissances- la propulsion spontanée.   

mardi 16 août 2011

C'est vert, en tous cas.

Celui-ci porte toute sa volonté dans la formation de bourgeons ovoïdes et multilatéraux : c'est sa façon de persévérer dans son être. Cet autre s'est fait des pattes postérieures très longues et coudées à la façon aigüe des A. Ses antennes sont super élégantes. Dans leur petitesse, tous les deux, ils ont une finesse... comment dire ? C'est à dire que comment peut-on être aussi petit et aussi détaillé ?

mardi 26 juillet 2011

Ménage

C’est ramasser les choses qui m’est le plus pénible. Abandonner la station debout, renoncer à l’allongement ou à une assise déstructurée comme mon corps aime bien. Que la tête puisse être mon morceau le plus proche du sol me donne une nausée progressive. Le ramassage signifie aussi la collection, étape suivante du rangement, et activité pour laquelle j’ai toujours –par ailleurs- nourri des soupçons (j’en parlerai peut être plus tard). Par quel miracle le ramassement arbitraire des choses peut-il prodiguer une quelconque tranquillité d’esprit, comme j’en ai eu vent ? Je n’y ai jamais rien compris. Le pauvre ordre décidé et la peine qu’il exige ne m’ont jamais convaincue de leur nécessité.
Tandis que le repassage, outre le fait que la station debout y est admise et même recommandée, promet une minime perspective de création. La confection de plis a ses charmes, je pense. Mais cette promesse, aussi immense soit-elle au regard de l’activité détestée de collectage, n’a tout de même jamais été assez décisive pour me pousser à me procurer fer et table.
Si le curetage de la vaisselle permet de se tenir sur ses jambes, elle n’exclut jamais le regroupement et le remplissage de toutes sortes de cases honnies et jamais assez nombreuses. Le bruit assourdissant de l’eau de robinet et le cliquetis des objets sales couvre toujours celui de la musique qu’on avait choisie pour son action consolatrice. Ou alors il faut faire hurler la radio pour comprendre les conversations. Si bien que lorsque l’eau se tait, on se trouve assailli par les vociférations d’"invités", dont le qualificatif se galvaude instantanément .
Seule la machine à laver le linge et sa digestion maternelle et transparente peut m’apporter le réconfort modique de ne pas surseoir à mes obligation sans pour cela presque m’arracher aucune plainte.

samedi 16 juillet 2011

Pourquoi tu parles encore des vieux ?

Les vieux aiment les spectacles où des candidats affrontent leur culture. Je ne sais pas pourquoi. Il y a bien pourtant une petite excitation quand il faut se dépêcher de répondre. Il y a quand même du sang qui afflue aux tempes où des doigts arthrosés se recroquevillent.

samedi 25 juin 2011

Chez moi encore, toujours la même rue.

Sur la vitrine de la boutique de fringues pour vieilles, il y avait écrit : "La totalité doit être anéantie"... J'ai trouvé ça relativement radical comme prise de position de la part d'un petit commerçant habituellement consensuel avec sa clientèle fragile des nerfs. 

Peut être que la fermeture approchante de son échoppe, (l'imminence de la fluidité globale ou de la liquidance entière, je ne sais plus) l'avait rendu à un désespoir tel qu'il souhaitait l'avènement du rien pour tout un chacun... 

Etrange, cette obsession de l'être qui tombe et qui veut faire de sa gravité une loi universelle. 


vendredi 20 mai 2011

Loyaux Boyaux

Le corps...J'envie ce temps où on pouvait -encore- penser qu'il était séparé de l'esprit. Un endroit révolu où les chevaux filaient sur la plage la crinière au vent et où l'Homme était ami de l'animal.
Une époque chérie où la douleur était éphémère, où la liberté existait par le pouvoir de ses bornes. Et où la Femme savait ce qu'elle avait à faire.
Crâneur d'esprit : Que peux-tu face à l'organe, le sang, le pus, le jus, la moelle, la sève, la chair palpitante, les fluides conducteurs, l'électricité, les circonvolutions de la matière...? Existe-t-il seulement autre chose que ces charismatiques présences, ces amis loyaux ?

C'est ce que j'ai pensé en regardant le ciel depuis le brancard.
J'enjolive un peu, peut être...

jeudi 12 mai 2011

Tempus fugit

Prendre cérémonieusement un repas, pendre avec cérémonie son linge, peindre cérémioneusement ses boiseries, c’est facile quand on croit en Dieu. On peut se permettre de bien faire les choses, de prendre son temps.

lundi 2 mai 2011

Sans titre.

Pluie de cendres (petite poudre fine, toute fine, s'envole)
Paupières aux bords rougis
A la fin du fin
Et puis pffft c'est fini, balayé dans l'espace intergalactique, une feuille d'automne qui disparait tout au fond de l'eau. ça vous étonne? Mais pour une fois ça coule.
D'ici là: réaliser, pour l'au-delà de l'outre. Expliquer mon cœur, expliquer estomac serré, dents serrées, poings serrés, gorge serrée, tempes serrées.
Dire aux autres gens : "Non, pas comme ça. Comme ça. "
Le vivant, c'est ce qu'il y a de plus tenace. ça combat, ça s'accroche, ça amadoue, c'est tyrannique et aveugle. C'est dur de lui dire non, à la vie, dans notre corps. Elle fait sa commandante, elle makes herself at home. Dégueulasse.

jeudi 28 avril 2011

Preuve d'amour



Comme il a été aimé, ce corps pourrissant dans un fossé
Qu'un discret grain de beauté a permis d'identifier





.

samedi 23 avril 2011

samedi 16 avril 2011

Chez moi


Il  accroche des modèles de coupes masculine des années septante dans sa devanture et il place derrière la grande vitre des personnages playmobil et des instruments miniatures, un petit village brut qui change en fonction des saisons. Tous les jouets cassés qui attendent de retourner dans l’aquarium à la faveur du carnaval de Dunkerque ou de la rentrée des classes sont dans des cartons quelque part dans la maison du coiffeur en blues blanche. Selon un cycle calendaire inaltérable, les scènes lilliputiennes arrêtent les enfants qui traînent leur peine à roulette devant la vitrine de l’artisan tout seul. Il a écrit « à vendre » sur une affichette. Tout le monde sait pourtant que tout cela ne peut ni se vendre, ni s’acheter.

Les gens, partis depuis longtemps. Il ne reste plus que la façade de l’immeuble. Dans un brouillard de poussière, tout l’intérieur il s’est envolé vers le bas. Les gravas presque tous enlevés. Des lambeaux de papier peint et des restes de cuvettes de chiottes pendent du troisième étage. Les petits cubes qui ont logé, les pièces délimitées encore, décorées avec un soin trop méticuleux pour le résultat, sont retournées comme des gants de travail qui auraient macéré dans une cave ou dans une remise ouverte aux quatre vents. Des carrés de couleurs pas tendance du tout avec la trace de cadres sur les murs, sans doute, si on regardait bien. Peut être quelques restants du repas ont investi les sols sédimentaires, si on cherchait bien.

La dame, elle a le maquillage qui coule. Elle a été là tout le temps dans sa boutique de fortune pour les pauvres. Quand je ne suis pas là, elle parle de moi et de mes si nombreux amants à ses clients qui s’en foutent et qui font la queue pour payer leurs nippes poussiéreuses. Elle est malade, elle ne va bientôt plus venir.

Vite, il faut se dépêcher pour voir encore ces belles choses.

mardi 12 avril 2011

La pfau dfs vifux



Nff fpaissf ft adhfrfntf, la pfau n’fst alors plus qu’un fin drap posf sur lfs .hairs, à for.f d’amin.issfmfnt. Df plus fn plus près df s’fnvolfr au prfmifr .oup df vfnt, fllf sf ramassf pourtant du .ôtf où l’on sf pfn.hf, attirff par la tfrrf. Lfur .orps, on dirait unf poirf f.or.hff sur laqufllf on .oulf du .ho.olat : ça fait dfs plis ft ça tombf.

Quand on remplace le E par le F et qu’on enlève le C, l'Ecriture, ça fait de la Friture.

lundi 11 avril 2011

Un peu de lucidité !

Soyons honnête, c’est une protubérance plus qu’un organe. Un bouton  qui fleurit, un pustule amélioré, tout au plus. Courte et unique,  ramassée, en comparaison de la gracilité des autres membres, plus ridée,  plus poilue, plus exhibée.

Sur une silhouette d’enfant,  elle a le bon goût d’être imposante, de montrer une certaine autorité,  alors que l’adulte la promène comme un moignon burlesque, trônant  stupidement au sommet du corps, reliée au reste par une sorte de pied,  qui –entre parenthèses- est trop court pour être sensé et trop long  pour être ignoré.

Ses amplitudes sont minuscules : sa  rotule s’interdit en début de course, et mis à part les Indiens et les  starlettes R&B d’Amérique, peu de gens connaissent la possibilité de  lui faire suivre des mouvements latéraux. 


Dommage, car  des habilités, elle en avait déjà peu.


Ses capacités de préhension se  limitent strictement aux compétences de son appareil manducateur.  Difficile d’opérer une traction digne de ce nom dans ces conditions, ou même de démêler des nœuds au moyen de ce gros doigt esseulé.


Enfin,  je dois m'atteler à la pénible besogne d’insister sur sa fragilité. Une débilité telle, il faut le dire, qu’elle ne souffre pratiquement aucun  choc qu’un autre membre supérieur -ou inférieur- accepte avec  résignation et
humilité. La tête, elle, prend les autres organes-usagers  en otages, les menaçant de les emporter dans sa chute au moindre  transpercement ou contondement dont elle fait l'objet.

Progrès muet.

Il suffit de s’étonner devant la célérité avec laquelle les personnages figurant dans les petits reportages muets du début du XXème siècle évoluent dans l’espace, sur une musique empruntée à l’orchestre d’un cirque, pour se former de leur époque une idée rigolarde, leur prêter une naïveté touchante. Ces images accélérées, causées par le passage d’une pellicule vieille dans un projecteur anidoine habitent notre inconscient, si je puis dire, et nourrissent une vision candidement étriquée de l’époque prétendument pressée de nos ascendants. Dans leur élan, ils semblent se précipiter avec ferveur vers une modernité à portée de pas.
 Visionner un de ces films en noir et blanc dans des conditions favorables où la vitesse d’exécution des mouvements nous semble enfin naturelle, fait naître au contraire de troubles sentiments. Contempler les nuances de blanc du grain de la peau au soleil, voir dans l’œil un destin encore vierge et dans les manières nulle étrangeté obsolète, ouvre un abîme réflexif tout singulier. Tous ces chevaux morts et ces chiens morts qu’on a rendu pierre plusieurs fois  par seconde chient de manière insensée sur le trottoir pavé et jappent aveuglément après les passants. Tous ces êtres qui apparaissent dans leur pleine réalisation, n’étant eux-mêmes qu’une variation de quadrupèdes, j’engage avec eux un dialogue amputé. Une conversation unilatérale, où j’écoute et je parle. Pourtant ils sont là, sous mes yeux et regardant quelque chose, quelque élément de leur décor fragile qui n’existe plus que pour eux, anéanti par mes représentations funestes.
 Changer la vitesse de défilement, c’est changer la science. Lorsque ces corps trépidants perdent enfin leur démarche gauche de nains pressés ou leur expression de pantomime à bluettes, plus rien ne nous permet de croire que notre époque en sait davantage de l’humain et de l’univers.
,,,,,,,,,,,,,,,,,

Y sont trop marrants, ces gens dans les films où k’y’avait pas la couleur, à la télé. Y sont là, hop-hop-hop, y se dépêchent, y zont l’air de petites marionnettes qui sont toutes prêtes de se casser la gueule par terre au premier coup de vent.

Desfois y’a des mots qui sont écrits entre deux, pour expliquer c’qui s’passe, parce qu’y a pas de bruitage: alors on entend rien. Y faut se dépecher de les lire avant que ça passe, passke ça reste pas longtemps pour pas qu’on s’ennuie.
Mais on comprendrait rien sinon, si y’avait pas des trucs écrits. Déjà on comprend rien ! On peut pas tout deviner de son pouce, quoi !

Mais morte de rire : On dirait qu’y avait toujours de la musique de majorette dans ces temps anciens. Ou de la musique… genre, heu, celle qui passe quand la mariée elle rentre, tu vois.

Une fois, j’en ai vu un où que la vitesse elle était normale. Comme au jour d’aujourd’hui, je veux dire. Ch’sais pas s’ils zavait ralenti le bazar ou quoi, mais ça faisait vrai. A part la couleur. Pour une fois, y zavait pas mis de musique trop débile… Bon, c’était toujours un truc genre Mozart, mais …pas tout gai, tu vois !
Pour une fois ça avait pas l’air de se foutre de leur tête, quoi. Ça m’a fait drôle un peu parce que je me suis dit qu’y zétaient tous dead. Et y’a longtemps en plus. Pourtant chui plus vieille que les gosses qui jouent dans le film, mais y sont quand même morts. Eux y s’en foutent, y savent même pas que j’existe. Mais moi, ça m’a fait un truc tout chelou quand même. Chai pas, comme si que je les voyais et pas eux. Alors que tu me diras, si y sont morts, ce serait  plutôt eux qui m’voient d’en haut, tiens, nan ?
Mais j’t’e jure, Y zont pas l’air si cons quand y marchent pas comme si qui se seraient trouvé avec des lézards dans leur froc…