Comme tous les êtres gazeux, magnétiques et mus par des forces, nous
n’avons pas de frontière, à part celle que nous nous sommes fixée, quand on dit
« je ». Notre peau est aussi perméable et discontinue qu’un trait de
fusain observé au microscope. C’est vrai !
Des particules nous traversent continuellement de part en part. Nous
absorbons des éléments pour nous nourrir et nous faire respirer et excrétons
des éléments pour nourrir les autres êtres et les faire respirer. Ici ma peau a
été un brin d’herbe, là, mon cheveu une goutte d’eau de la mer morte, là encore
mon cœur a été celui d’une proie chassée par un tricératops, puis tricératops
lui-même.
Les éléments qui nous composent ont été créés dans le cœur des étoiles
il y a des milliards d’années terrestre.
Peut être même sont-ils éternels, ce que nous savons, c’est qu’ils nous
préexistent et nous survivent
indéfiniment : C’est vrai !
Nous sommes plus que des véhicules de la vie, nous sommes la vie
et la mort en même temps, l’homéostasie et l’entropie, nous sommes
l’espace-temps. Nous ne sommes pas dans l’espace-temps. Nous sommes
l’espace-temps, comme dit Christophe. Nous sommes les cellules d’un seul être, du Grand Tout, comme
disait Rousseau.
Nous sommes peut-être la seule tentative, le premier essai de l’univers
pour se comprendre lui-même, pour se penser lui-même. Nous sommes des étoiles
qui se regardent de l’intérieur. Nous sommes des galaxies. Nous ne sommes pas
perdus au milieu de l’univers, nous sommes ce territoire. Nous habitons et
sommes habités : c’est vrai ! Nous n’avons pas une seule conscience,
nous avons plusieurs consciences, nous sommes plusieurs consciences. Nous sommes plusieurs mondes.
Un morceau de nous était un bout de soleil, un autre, une aile de
papillon, un autre un solvant épandu sur les champs, un autre une grand-mère
japonaise, un autre un bout d’une de ces créatures sombres et inquiétantes qui
peuplent le fond des océans. C’est l’amour qui rapproche les particules et fait
émerger de nouvelles formes. Nous avons hérité de tout l’amour qui a été donné,
de toutes les douleurs qui ont été infligées. Nous sommes toutes les
douleurs qui ont été infligées, nous sommes tout l’amour qui a été
donné.
La vie n’est jamais née, elle ne s’éteindra jamais. Elle se transforme
continuellement. A l’âge d’humain, nous utilisons des métaphores pour notre
esprit de fourmis. Nous voyons notre sœur écrasée sur le bord de la route, et
nous croyons qu’elle n’est plus. Mais elle est encore. Elle est
maintenant la route.




